Eros le vaincu ou les mots de l’amour

Le jour ne tarderait plus à s’ouvrir.

La lumière naissante percerait froidement l’obscurité muette de la chambre miteuse qu’ils avaient partagé. Elle viendrait avec une certitude calculée remplir les fibres du fin rideau déjà plus si blanc, accroché à la fenêtre dans l’espoir futile de lutter contre les intrusions du soleil.

Avant peu, elle gainerait chacune d’elles et tuerait ainsi la pénombre qu’ils avaient patiemment attendue la veille.

D’abord, avec une hésitation presque feinte, puis dans la précipitation achèverait ce qui avait commencé avec les bâillements du levant.

Allongée, jambes repliées contre elle-même, elle habitait son flanc. Elle n’était plus qu’à un souffle de lui, si proche que lorsque ses lèvres brodaient la dentelle de ses mots, elle ne pouvait empêcher qu’elles ne rencontrent sa peau.

Elle lui parlait, murmurait ce qu’elle souhaitait qu’il n’entende pas dans son sommeil, laissant à la poussière qui saturait l’air de la pièce et les questions et les réponses de ses longues interrogations.

Mais le temps viendrait tantôt à manquer alors que l’endroit acceptait déjà la clarté. Le tapis mousseux du sol se creusait des sillons laissés par un phébus grandissant.

Son monologue se faisait supplique, vague conjuration, entêtement de prières pendant qu’elle veillait à son exhalaison.

Elle voulait dire ces mots à son oreille sans pour autant oser bouger du nid qu’elle s’était gagné. Les consonnes et les voyelles entremêlées glissant sur sa langue se faisaient neuvaines en terre consacrée, ponctuées de menus baisers.

Et toujours plus loin gagnaient les rayons du soleil dans la chambre. Alors elle gardait les yeux fermés, espérant que la mer d’or refluerait encore.

Elle lui disait tout ça, racontait tout bas les mots de l’amour qu’elle ne devait pas et qu’elle ne pourrait bientôt plus.

Puis, elle sentit la morsure, quand sur son talon chauffaient les premiers tisons du jour. Tout lui était perdu, et la chambre, et les rêves et lui dans sa dernière trêve.
Le feu sur sa peau la ramenait au réel, effaçant sans douceur les délices de son ignorance. Elle savait et avait su, qu’à tout jamais il ne serait plus.

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