Je partage ce qu’on partage…

et je m’en fous des conséquences. Du moins, c’est ce que j’imagine les gens se dire quand ils partagent des articles aux sources douteuses sur Facebook ou Twitter.

Internet c’est quand même bien formidable; ce monde merveilleux où les chatons mignons côtoient les vidéos de décapitation. Tout le monde se voit offrir une chance de se faire entendre et d’exprimer ses opinions. Je suis bien placée pour le savoir, je bloggue depuis l’âge de 14 ans. Seulement, s’il y a un problème avec Internet, c’est bien les cons.

Cela fait bien plus de dix ans que je me traîne de réseau social en réseau social et j’en ai vues de conneries. J’en ai sûrement postées moi-même d’ailleurs. Depuis, Facebook a carrément changé la donne (duuuuh), ouvrant le chemin au turbulent petit oiseau piailleur et au vivier hypstero-artsy de Tumblr.

Le truc sympa c’est qu’on peut “flooder” la timeline de ses “friends” avec des tonnes de vidéos de chats qui réclament des câlins, les derniers potins, Beyoncé qui casse régulièrement Internet et puis parfois aussi on parle de sujets sérieux, voire même de politique.

Et là, ben c’est la merde…

Une fois de plus, comme tout bon zombie techno-geeko-logique, je remonte ma timeline Facebook et découvre un article au sujet controversé partagé en toute hâte par un de mes contacts certainement toujours très remonté contre la légalisation du mariage homosexuel (faudrait penser à s’en remettre). Les enfants élevés par les couples de même sexe seraient sujets à de graves traumatismes psychologiques. La preuve, ce sont des psy qui le disent.

Bon, bon, bon. C’est un sujet sensible, mais ce n’est pas ce qui me pose problème. Après tout, tout le monde a le droit de penser ce qu’il veut sur le sujet. Mais la source de l’article étant plus que contestable, je me dis que signaler quand ça pue les rageux extrémistes et racistes à pseudo caution scientifique, c’est toujours une bonne idée.

Mais j’avais oublié une chose… les gens préféreront mourir plutôt que de s’entendre dire la vérité.

Mais qui es-tu − TOI − empêcheur de tourner en rond ? Pour qui tu te prends m’enfin voyons ? C’est vrai ça, pour qui je me prends ? Et surtout, pourquoi je m’emmerde ?

Ce n’est pas la première fois que j’ai ce genre de discussions sur Facebook et le résultat est toujours le même. Non seulement l’on partage des informations erronées parce qu’elles vont dans le sens qui nous convient bien, mais en plus, l’on se distancie et l’on se déresponsabilise totalement quant au contenu partagé. C’est légèrement problématique mmm’voyez?

La réponse ne se fit pas attendre : “je partage ce qu’on partage. A chacun d’y croire ou non…
Traduction : “je m’en bas les steaks de tes sources.”

Cela revient surtout à dire ce n’est pas ma faute, je ne l’ai pas cherché, c’était à ma portée alors en bon mouton de Panurge, je fais comme les copains et bêêêêêêê si t’es pas content. Apparemment, ça ne semble paradoxal à personne de se faire une opinion et aider les autres à en faire de même à partir d’un contenu inventé de toutes pièces. Passons.

En appuyant un peu plus sur le fait que partager sans vérifier, qui plus est des infos complètement biaisées et fausses, c’est donner plus de visibilité aux groupes d’extrême droite, la réponse est tout aussi savoureuse : “Je ne savais pas… j’ai lu pour former mon opinion… j’ai partagé pour que chacun forme la sienne… si on vérifie tout on ne partagerait plus rien… mais merci quand même…(sic)
Traduction : “je m’en bats encore plus les steaks de tes sources.”

L’aveu de fainéantise ne choque personne non plus. S’atteler à vérifier ses informations pour avoir un débat de qualité, on s’en fout en fait. Vous me fatiguez. Sérieusement.

Internet est un outil de démocratisation de l’information. Au point de déclencher des révolutions. C’est une source inouïe qui permet un enrichissement quasi immédiat sur pratiquement n’importe quel sujet. Passer un peu plus de 2 minutes sur un article, son auteur, chercher à comprendre des mécanismes politiques ou scientifiques en 3 clics… n’était même pas imaginable il y a encore une cinquantaine d’années, voire même il y a 20 ans. Qui mesure cette chance en remontant sa timeline Facebook ou Twitter au lieu de raconter de la merde ?

Très sincèrement, policer les partages de mes contacts ne m’intéresse pas. J’ai quantité de trucs plus sympa à faire de ma soirée. Mais puisque vous voulez tellement avoir des débats engagés et être anti-système jusqu’au bout, choisissez au moins les bonnes infos pour ne pas passer pour des crétins 2.0. Et si on vous fait remarquer que vos sources sont ambigües ou littéralement cryptiques, c’est peut-être le moment d’arrêter de bêler à l’unisson et de vous faire une opinion par vous-même.

Vous êtes responsable du contenu que vous partagez, des idées que vous prenez pour argent comptant et que vous diffusez. Je trouve ça particulièrement important, surtout à une époque où les contenus se transmettent au monde entier à la vitesse de la fibre optique. Les rumeurs et contenus non factuels sont légion et il est certain que faire le tri est difficile. Mais ce serait oublier le pouvoir des idées, bonnes comme mauvaises. C’est à tout un chacun de ne pas laisser la voix aux groupes qui attisent la haine, quelle qu’elle soit. Posez-vous des questions, remettez les choses, les événements en perspective, discutez, mais tout comme vous refusez de vous laisser avoir par les paroles de politiciens véreux, n’avalez pas toutes les couleuvres joliment présentées sur le net. Si elles ont l’air inoffensif, elles conservent malgré tout leurs crochets et avec ceux-ci, du venin.

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