Mais surtout, on t’a pas demandé ton avis.

Voilà, voilà, Dolce&Gabbana vient de suivre une voie carrément inattendue pour le monde de la mode – entendre la mode occidentale – et a lancé en grande pompe une collection “Abaya” sous les yeux ébahis des passionnés de la Fashion.

Bon honnêtement, je n’y connais pas grand chose à la mode. Tout au plus, des noms de grandes marques mais honnêtement, ça m’ennuie profondément. Pour moi, toutes les pièces se ressemblent, ou sont très moches. Mais ça, c’est mon avis personnel. Ceci dit, impossible de passer à côté de la nouvelle qui a du provoquer quelques évanouissements chez les Paul-André et autres Marie-Sophie du 16ème, et peut-être même une crise de goutte au bon vieux Jean-Marie. Bref, tout ça pour dire que ça a bien remué du monde.

Le voile dit islamique est au coeur des débats sur la laïcité en France depuis… depuis trop longtemps. Je serais bien incapable de me souvenir quand ce bout de tissu est devenu aussi important que de pouvoir respirer. N’étant pas moi-même musulmane, mon rapport au voile a été compliqué, bousculé et influencé par les média, les parents, ma culture caribéenne et etc. de facteurs comme autant de bruits de fond parasitant mon jugement.

Aors j’ai commencé un travail de déconstruction et entre temps j’ai déménagé au Moyen Orient. Question voile, je ne pouvais pas demander mieux. Evidemment, lorsque l’on vit dans un pays si différent du sien, souvent ça passe ou ça casse. Ou on s’habitue, on s’intéresse et on s’adapte, ou on rentre chez soi dare-dare.

Dans ce nouvel univers, j’ai mis mon excitation pour toutes les nouveautés du quotidien sur pause et j’ai fait une chose que je n’aurais jamais pensé faire. Je me suis mise à lire le Coran pour mieux comprendre ce qui m’échappait. Oui, bon j’aurais bien pu le faire quand j’étais encore en France vous me direz, mais il y a ce truc très occidental de croire que toutes nos valeurs sont universelles. Parfois, on a juste besoin d’un déclic pour faire des choses carrément basiques. Mais je digresse.

Ce que dit le Coran

Avant de commencer, si vous ne le saviez pas déjà, le voile est une tradition proche-orientale. S’il vous reste des souvenirs de vos cours d’Histoire, l’Assyrie est l’une premières régions où l’on en retrouve des traces puisque mentionné dans des textes anciens. Loin d’être un symbole religieux, à l’époque c’est tout d’abord un signe de distinction sociale permettant de dissocier les femmes de petite vertu des femmes de familles respectables ou des femmes mariées.

Par exemple, jusqu’à la fin du XIXème siècle, les femmes appartenant aux classes sociales les plus aisées d’Egypte portait un voile de mousseline blanche appelé burqu pour se déplacer en ville… qu’elles soient musulmanes ou chrétiennes.

Par ailleurs, le voile est aussi requis dans la tradition Chrétienne, imposé aux femmes en signe de soumission à l’homme qui lui n’a pas besoin de se couvrir car il a été créé à l’image de Dieu. Oui , c’écrit → .

  1. Si le Coran fait mention du Hijab, il ne s’agit pas du voile au sens auquel nous l’entendons aujourd’hui. Il est plutôt question d’un “rideau” permettant de maintenir l’intimité des femmes du Prophète en leur foyer et en présence d’inconnus.
  2. Les sourates XXXIII et XXIV font mention indirectement au voile ou à une forme d’appel à la modestie et à la bienséance mais jamais il n’est question d’une injonction impérieuse comme beaucoup aimerait le faire entendre.
  3. Ce que l’on oublie souvent de dire c’est que cet effort de modestie est demandé également aux femmes comme aux hommes. Il leur est aussi demandé de se couvrir les jambes et les bras afin de ne pas tenter le regard des femmes. Et vous remarquerez que traditionnellement, les hommes portent aussi une coiffe qui leur recouvre les cheveux.
  4. Toutefois, il existe bel et bien un hadîth qui fait mention d’un voile dont le but est de dérober le regard des hommes des femmes pubères. C’est l’un des principaux arguments des traditionalistes qui prescrivent le port obligatoire du voile. Cependant, dans le système coranique, ce hadîth étant considéré comme faible n’a en conséquence aucun poids juridique réel.
Ce que le féministes veulent bien nous faire croire

Le féminisme, c’est cool. Oui, oui, je vous l’assure, ça peut être un truc drôlement sympa, voire utile et efficace. Qui refuse de reconnaître les apports du féminisme à la société de manière générale se révélerait être d’une mauvaise foi crasse. Le combat de Simone Veil est l’une des choses les plus importantes qui soient arrivées à ce pays. Le problème c’est quand certains courants se font entendre plus que d’autres. A l’heure actuelle, la parole féministe est monopolisée par des femmes blanches qui ont décidé de libérer les musulmanes du voile. Geste très noble s’il en est, mais… merci mais non merci.

L’argument imparable est que le voile est une manifestation physique de la soumission des femmes aux hommes, un symbole des violences faites aux femmes à travers le monde… en résumé, le voile, c’est le mal.

De la fin du XIXème siècle jusqu’aux années 70 – 80, une grande campagne de “modernisation” a submergé les pays arabo-musulmans en quête d’intégration et d’assimilation à la culture occidentale. C’est ce qu’on appelle le “dévoilement” où peu à peu les femmes ont laissé tomber leurs tenues traditionnelles pour adopter des codes Européens, le tout avec le soutien de leur gouvernement. Si la plupart de ces pays ont depuis gagné leur indépendance, l’esprit colonial continue d’empoisonner les schémas de pensée occidentaux laissant supposer une certaine supériorité de leur façon de procéder et d’avancer vers une société toujours plus “moderne” et plus “libre”.

En conséquence, le voile est devenu un cheval de bataille prenant en otage des femmes musulmanes – premières concernées – qui ont un mal fou à se faire entendre dans la cacophonie ambiante; coincées entre un statut imposé de victimes perpétuelles et les principes de laïcité à deux vitesses. Mais voilà, en agissant ainsi, les white feminists font le jeu du système patriarcal et reproduisent exactement ce qu’elles lui reprochent : en privant les musulmanes de France de leur parole, elles les infantilisent et décident à leur place de ce qui est bon pour elles… ce qui confine au racisme inconscient ou conscient d’ailleurs.

La laïcité à la française est une licorne

Je ne plaisante qu’à moitié. Sur le papier, c’est un concept fantastique qui garantit à tout un chacun de pouvoir vivre sa religion ou sa non-religion comme il l’entend sans que ça ne vire à un remake de la Saint-Barthélémy. Sauf que, le terrain glisse de plus en plus vers une islamophobie réelle et assumée.

Sous couvert de laïcité pure et dure, les signes religieux considérés comme ostentatoires sont interdits dans les institutions publiques ou les écoles, manoeuvre visant tout particulièrement les musulmans. Ironique quand nos jours fériés sont les reliquats d’une France profondément catholique, jusqu’au coeur de l’Etat.

La laïcité, devenue nouvelle religion d’Etat, balaye d’un revers de main un principe fondamental de notre société : le respect de la religion d’autrui. Ne pas croire, ne pas appartenir à une religion ne donne pas le droit d’imposer sa non croyance aux autres… et inversement. 

Ce que j’en pense

Mon avis, pour peu qu’il compte est que les white feminists ont oublié que le combat ne porte pas sur le symbole du voile en lui-même, mais sur la disponibilité du choix de porter le voile ou non.

Porter le voile est un acte de foi pour certaines, un acte militant pour d’autres. Une réappropriation de leur corps ou une affirmation de leur liberté. Bref, chacune a ses raisons de porter le voile ou non. Lutter pour obtenir l’interdiction de porter le voile est tout simplement une atteinte à la liberté d’autrui, une atteinte aux croyances, aux valeurs et au combat de millions de femmes. C’est aussi absurde que de l’imposer. Bravo ô grand pays des Droits de l’Homme !

C’est exactement là où le concept d’intersectionnalité intervient. Le féminisme, s’il veut réellement être efficace et porteur, se doit de prendre en compte les voix de minorités (je hais ce mot) au lieu de les écraser ou de parler en leur nom. D’ailleurs, écrire cette chronique est plutôt délicat. Ce n’est pas un combat que je mène, il ne me regarde pas vraiment puisque je ne suis pas musulmane. Mais je crois qu’il est bon parfois de remettre quelques pendules à l’heure et d’apprendre à être un-e allié-e pour ceux et celles qui mènent un combat quotidien pas si différent du nôtre.

Ecoutez ce que les musulmanes ont à dire, rendez-leur leur voix, mais surtout ayez le courage de la tolérance…

Note: la photo met en scène une femme de la région du Sinai en Egypte. Elle porte une coiffe bédouine traditionnelle recouverte de pièces d’or.

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