Bamboula

C’est joli bamboula, ça sonne bien, un brin exotique, ça rappelle la chaleur moite de l’Afrique. Il parait même que c’est convenable. Bam-bou-la, ça donnerait presque faim. Le petit paquet de biscuits qu’on s’enfile en douce à 4h30, saveur chocolat, arrière-goût ya bon banania. Je dirais même que ça a quelque chose de poétique, le tam tam incessant sur des peaux tendues jusqu’à épuisement. Bamboula c’est la danse de la BAC, de la BST dans les quartiers difficiles. Dif-fi-ciles.

Mais pourquoi courent-ils ?

C’est la question que pose Bernard au comptoir et Marie-Cécile en serrant son sac à main.

Mais pourquoi fuient-ils ? S’ils ne sont pas coupables…

L’air indigné à l’idée de ces jeunes chimpanzés accrochés aux murs des cités s’éparpillant dans leur jungle de béton.

Pourquoi courent-ils ? S’ils ont raison…

Ceux qu’on ne montre qu’au cœur de cités délabrées, de voitures brûlées, agenouillés, la face kärchérisée. La risée d’une nation divisée.

Pourquoi courent-ils ?

Puisque vous demandez. Le savent-ils eux-mêmes ? Ou savent-ils seulement ce que l’on apprend entre les quatre murs de l’Intérieur ? Et moi, je demande, à quoi sont-ils bons ?

Les forces de l’ordre.

Quel ordre ?

Quel est cet ordre dont on parle ?

Quel est cet ordre qui rassure ?

Quel est cet ordre que l’on vend… au journal télévisé, empaqueté, délivré à coups de taser, de flashball et de matraque.

Quel ordre ?

Celui de la paix ? Celui de la tranquillité pour tous ? L’assurance de se voir protégé-e, entendu-e, cru-e lorsque lésé-e ? Ou la tranquillité pour certains de pouvoir léser, aidés de violences légales ?

Ils poussent, ils poussent les bamboulas, les bougnoules dans leurs zoos mystifiés, écartent les murs et font trembler les pans d’une vérité 1 000 fois réécrite, rajustée pour convenir aux désirs de partage, de distribution bien intentionnée… de culture.

Surtout bien penser à dire « merci » quand l’on vient mater les cités à coups de détonateur racial. Le quotidien des humiliations, délit de faciès pour gueule de fèces, on s’en souvient.

Parce que c’est bien de cela qu’il s’agit : faire oublier, rabâcher, ancrer, ré-encrer que de l’autre côté du périph ne vivent que des fils de chiens, des dogues affamés, des dogues terribles, les descendants de ces maures sournois qui ont réussi à tromper Martel, parqués aux portes de Paris, belle assiégée, pucelle en danger.

Quand vous nous peindrez comme des sauvages, des pilleurs, des violeurs et des coupeurs de tête – ce que nous sommes avec fierté – j’espère que vous vous souviendrez de la noblesse du geste dans chaque exécution mandée par Danton et Robespierre. Mais pas d’inquiétude, nous savons déjà que les actes de rébellion n’ont de beauté que lorsque portes par les enracinés véritables ; si enracinés, que les cieux ne leur apportent ni couleur, ni cœur.

Patientez encore, reculez encore, refusez encore, matraquez encore. Sachez seulement que l’Etat n’a pas le monopole de la patience. Un jour, vous comprendrez que plus l’on prive, incarcère, bafoue, plus violent encore est le retour de bâton.

Peut-on encore forcer toute une population à la schizophrénie ? D’aimer une nation qui met un point d’honneur à nous haïr.

Remettez-les à leur place, les bamboulas et les bougnoules. Le culot même de leur respiration est une offense. Rappelez-leur qu’on leur a fait don de la civilisation. C’est une dette éternelle que celle-là et c’est au nom de celle-là que Marianne vous enculera.

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